Déranger un animal sauvage peut avoir des conséquences irréversibles, surtout en période de nidification. Ne l'oublions pas !
Le 6 mars dernier, le tribunal de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) a condamné un cinéaste amateur pour dérangement intentionnel d’espèce et pour circulation non autorisée sur une piste règlementée. Sur le plan des sanctions civiles, il devra aussi verser des dommages et intérêts aux associations Nature Comminges, Nature Midi-Pyrénées et à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux).
En effet, le 9 avril 2007, le cinéaste amateur s’était approché du nid du seul couple de gypaètes barbus présent en Haute-Garonne afin de le filmer en pleine nidification. Sa présence avait contraint les rapaces à fuir et à laisser leur œuf en cours de couvaison, sans protection et exposé au froid à 1 700 mètres d’altitude, pendant plus d’une heure. L’œuf avait tout de même éclos au bout de quelques jours mais le poussin n’avait pas survécu.
Ce dérangement avait également eu pour conséquence l’abandon du site de nidification occupé depuis 1997 et protégé par convention. Cette réaction est typique de ce grand rapace très sensible aux perturbations. Cette année, le couple s’est déplacé sur un site défavorable à la reproduction et les probabilités de voir un jeune prendre son envol en Haute-Garonne sont donc très réduites.
Tous les efforts de conservation doivent être recommencés, avec toutes les difficultés inhérentes. Ce rapace, protégée au niveau international, est le plus menacé d’Europe, avec moins de 150 couples nicheurs, dont la majorité vivent dans les Pyrénées (28 couples sur le versant nord). Ce nécrophage a, en effet, un très faible taux de reproduction : un seul jeune par couple parvient jusqu’à l’envol, tous les trois ans en moyenne. Quant aux chances de survie des jeunes, elles sont maigres : un sur trois seulement atteint l’âge adulte.
Il ne s’agit donc pas d’un simple « dérangement » sans conséquence d’un oiseau pendant une heure. Par son geste irresponsable, ce cinéaste a porté gravement atteinte à deux tentatives de reproduction et compromis plusieurs années de travail de nombreux organismes de protection de la nature, unis pour garantir la survie du gypaète dans les Pyrénées.